Cumul des mandats : Et revoilà les vieilles habitudes!

  • samedi 01 septembre 2018

Serenti News

Le même gars est ministre, député, maire, sénateur, président de conseil général et "ça ne va pas quelque part'' comme pour dire ''cela ne dérange personne", expression bien ivoirienne.

Ces habitudes ont la peau dure. Les pouvoirs changent mais les vieilles habitudes demeurent, en Côte d'Ivoire. De Bédié à Ouattara en passant par Gbagbo, "nous pas bouger", pour utiliser une expression du chanteur malien Salif Keita.

Cette année encore, le même gars est ministre, député, sénateur et est candidat pour les élections municipales ou régionales, comme si c'était le seul cadre de la circonscription.

Aka Aouélé est député, président du conseil régional du Sud-Comoé, ministre de la Santé et il est candidat pour les régionales. Amichia François est ministre de la ville et candidat à sa succession la mairie de Treichville, un poste qu'il occupe depuis 1996. Hamed Bakayoko est député de Séguéla, ministre de la Défense et candidat à la mairie d'Abobo. Danho Paulin est ministre du Sport et candidat à sa propre succession à la mairie d'Attecoubé. Amédée Kouakou est ministre de l'Equipement et de l'Entretien routier et candidat à sa succession à la mairie de Divo. N'Dohi Yapi Raymond est sénateur du District d'Abidjan et candidat à sa succession la mairie de Koumassi. La liste est longue.

On nous dira certainement que ces différentes fonctions ne sont pas incompatibles. Mais parlant des cumuls de mandats, Dr Kouamé Christophe, politologue et président de Civis-Ci, explique que, "on ne peut pas être ministre de la République, participer au Conseil de gouvernement le mardi et au Conseil des ministres le mercredi et avoir du temps pour être auprès de sa population pour connaître ses réalités", citant les articles 84, 87 et 92 de la Constitution ivoirienne du 8 novembre 2016.

C'est d'ailleurs pourquoi il a initié récemment l'opération "vote utile", une sorte de caravane qui devrait sillonner le pays pour sensibiliser le citoyen ivoirien à accorder sa voix au candidat disponible pour administrer la localité dans l'intérêt général.

Selon lui, la décentralisation avait pour objectif, entre autres, de rapprocher l'administration publique des populations, et surtout prendre en compte leurs besoins.

Aussi, le principe de l'État de droit consacre-t-il la séparation des pouvoirs, la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des affaires publiques, ainsi que l'action publique qui consacre l'alternance des idées et des personnes.

Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Ce sont des ministres qui sont parachutés à la tête des mairies et conseils généraux de l'intérieur en comptant sur des "maires-résidents", encore une autre expression bien ivoirienne, pour désigner des substituts de maire, en l’absence du principal qui n'est presque jamais là pour faire le travail.

Conséquence, "les projets et programmes municipaux sont planifiés, élaborés et exécutés sans la participation des populations bénéficiaires" déplore Kouamé Christophe. Mais à beau chasser le naturel ...

Eugène YAO

eugene.yao@serentinews. com