Du cas Jean-Pierre Bemba à l’impasse politique en RDC - Par Michèle Pépé 

  • mardi 12 juin 2018

Serenti News

Par Michèle Pépé 

Quelle lecture faire de l’acquittement en appel, «à la surprise générale», de Jean-Pierre Bemba par la Cour pénale internationale ? Supputations et pronostics se multiplient pour mettre en rapport ce dossier congolo-centrafricain, avec le dossier ivoirien. Comparaison est-il raison, en l’espèce ? Peut-être que oui, peut-être que non.

Ce qui est certain, c’est que nous sommes dans le jeu du ‘’poker menteur’’ des relations internationales et de la diplomatie secrète. Et à ce jeu, n’en déplaise aux défenseurs de la Cour, cette institution, louable et honorable, apparaît comme un instrument politique et de pression de choix, aux mains des puissants de ce monde. Pour renverser, équilibrer voire déplacer des ‘’pions’’ sur l’échiquier politique internationale et des nations, surtout africaines. Qui ne pèsent pas lourd dans le concert des nations à la voix audible. L’Afrique, il faut aussi le reconnaître, demeure, en ce 21ème siècle, le continent de prédilection des violations les plus atroces de la dignité et de la vie humaine. Dans l’impunité la plus totale !

Pour en venir au fait du jour, l’acquittement, «à la surprise générale », de Jean-Pierre Bemba et sa mise en liberté provisoire (avec séjour provisoire en Belgique, dit-on), en attendant le verdict, le 4 juillet prochain, d’une autre affaire de «subornation de témoins» dans laquelle il a été condamné à un an de prison - condamnation de laquelle il a fait appel… Pour lire donc entre les lignes et analyser le retournement spectaculaire du dossier Bemba, il faudrait, à mon sens, jeter un coup d’œil attentif à la ‘’bouillabaisse’’ politico-juridique en cours depuis 2016 en République Démocratique du Congo. Et l’entêtement de Joseph Kabila à se maintenir au pouvoir, envers et contre tous - y compris ses anciens partenaires occidentaux et régionaux.

Du jeu du ‘’chat et de la souris’’

Rien n’y fait ! Ni les menaces de sanctions venues de l’extérieur, ni les manifestations de ses opposants historiques, encore moins de ses anciens alliés devenus opposants, et même de la société civile. Rien ne semble pouvoir ébranler le silencieux Joseph Kabila, qui, ayant des cartes importantes en main, se plaît à jouer ‘’au chat et à la souris’’ avec les uns et les autres.

Les forces sociales et politiques en face de lui, agissent en ordre dispersé. Le milliardaire Moise Katumbi, ancien gouverneur du Katanga (et accessoirement propriétaire du club de foot, le TP Mazembé), est entré sur l’aire de jeu. Il n’a pas tenu la confrontation directe et a dû sortir du terrain pour s’exiler en Afrique du Sud. L’héritier Tshisekedi de l’historique UDPS, Félix, à l’évidence ne fait pas le poids. La société civile a manifesté, l’église catholique est entrée en lice. Rien ! Le ‘’silencieux’’ Kabila garde la main, inébranlable, et continue à mener le jeu à sa guise.

Dans ces conditions, n’est-il pas raisonnable de penser que l’ancien vice-président de la RDC, Jean-Pierre Bemba, héritier de la dynastie Mobutu, peut apparaitre, dans ce brouillard, comme un joker crédible et de poids, pour mettre une formidable pression sur Kabila fils ?

Du jeu des relations internationales

Je suis, pour ma part, encline à penser que certains des puissants de ce monde, las du jeu de ‘’drible-drible’’ de l’homme fort de Kinshasa, ont fortement pensé à cette solution de recours que peut être Jean-Pierre Bemba, pour fédérer toutes les colères et oppositions, internes et externes, à Kabila. Ce serait, en quelque sorte, un retour d’ascenseur, 10 ans après, avec un effet boomerang. Souvenons-nous qu’il y a 10 ans, après une élection et une guerre perdues contre Kabila fils, Bemba a été envoyé répondre à la CPI des crimes commis par ses hommes en…Centrafrique.

Et, cerise sur le gâteau  de cette perspective qui est encore à confirmer, le retour en grâce de Bemba met du baume au cœur des souverainistes et panafricanisme de tous bords, redonnant, à leurs yeux, un peu de crédit et de l’espoir en cette Cour «qui ne jugent que les africains».

Car, n’en déplaise aux organisations de défense des droits humains, il s’agit ici de calculs géostratégiques et d’intérêt divers et inavouables, qui caractérisent les relations internationales depuis le temps de Mathusalem.

Que peut-on dire d’autre ? Sinon que les relations internationales ont des raisons que la raison, souvent, ignore et abhorre. Mais, attendons de voir. Comme je l’ai indiqué plus haut, nous sommes dans un jeu de ‘’poker-menteur’’. Là-bas, comme ici.

michpep@serentinews.com