Bonoua: Les stations de gaz butane ‘’fleurissent’’ au su et au vu de tous

  • mardi 04 décembre 2018

Serenti News

A Bonoua, on dénombre plus d’une quinzaine de stations de gaz butane au profit des taxis communaux et même de certains véhicules banalisés pour le transport personnel.

Cela remonte à la fin de la crise post-électorale de 2010-2011, à l’arrivée au pouvoir du nouveau régime. Avec les augmentations à répétition du prix du carburant, les transporteurs et propriétaires de taxis communaux ont réfléchi et développé un système parallèle pour leur permettre d’avoir leur recette mais aussi permettre au chauffeur de rentrer avec de quoi nourrir leur famille.

«Au début, c’était très difficile d’adapter son véhicule et de rouler au gaz butane. Car les mécaniciens n’avaient pas une bonne maitrise du système. De même, on était traqué par les agents de sécurité. Voyez-vous, nous n’étions pas nombreux donc pour se faire entendre auprès des autorités en charge de la sécurité, c’était vraiment difficile. Aujourd’hui, je peux dire que 98% des taxis communaux de la ville de Bonoua roulent au gaz butane. Sinon qu’ils ont déjà installé le système de gaz butane dans leur véhicule. Ils utilisent seulement le carburant au cas où il y aurait un contrôle de la direction nationale du ministère des mines et de l’énergie», nous a affirmé un ancien chauffeur de taxi communal.

"chaque taxi communal leur donne une somme de 500 francs".

Un autre chauffeur de taxi communal approché, dans un entretien nous a révélé ceci: «Mon vieux, aujourd’hui, nous ne sommes pas inquiétés. Car les agents de sécurité prennent pour eux. Chaque mercredi et samedi, chaque taxi communal leur donne une somme de 500 francs».

Répondant à la question de savoir comment est-ce que ces agents de sécurité font pour encaisser leur 500 francs ? Le chauffeur a répondu: «Ils sortent chaque mercredi et samedi à un endroit précis de la commune, au vu et au su des autorités politiques, administratives, traditionnelles et même des populations. Chaque fois qu’un taxi communal passe, ils tendent la main et le chauffeur leur donne les 500 francs CFA. En plus, c’est tous les chauffeurs qui travaillent ce jour-là. Nous ne discutons pas avec eux deh! Car, même quand tu donnes 5000 francs CFA, ils feront la monnaie pour te remettre le reste de ton argent. Notre syndicat a demandé que nous payions ces 500 francs FCA aux policiers. C’est en quelque sorte notre autorisation de rouler au gaz butane. Selon les policiers, le gaz butane est destiné aux ménages. C’est pourquoi l’Etat subventionne. Nous, les chauffeurs qui l’utilisons, c’est de manière illégale», reconnait-il.

En effet, c’est au cours d’une balade, à 10 heures, un samedi à Bonoua, que nous avons pu nous rendre compte des pratiques de ces agents des forces de l’ordre qui se rendent complices de ces chauffeurs et s’enrichissent sur le dos des populations et de l’Etat.

Pour tenter de comprendre comment fonctionne le commerce de la station de gaz butane, nous avons eu des entretiens avec des gérants de ces stations. Tous nous ont rapporté qu’ils gèrent la station de leur patron.

"Nous sommes plus d’une quinzaine de stations de gaz butane dans la commune de Bonoua"

«Chaque jour, on peut charger 80 à 100 bouteilles de gaz butane ‘’B6’’. C’est-à-dire, 80 à 100 bouteilles de ‘’faitout’’. Quand les chauffeurs disent qu’ils vont bien, ils peuvent prendre 04 bouteilles de gaz butane ‘’B6’’. Sinon leur moyen par jour, c’est 02 bouteille de ‘’B6’’. C’est chaque soir, à la descente, que les chauffeurs de taxi communaux viennent charger leur véhicule (Taxi). Les camions de distribution de gaz butane nous livrent chaque jour sauf le dimanche pour certaines compagnies. Sinon, c’est chaque jour de la semaine pour d’autres compagnies de distribution de gaz butane. Nous savons aussi que ce commerce juteux est illégal du moment où nous vendons aux chauffeurs qui s’en servent comme carburant. Le pire est que nous travaillons avec des installations traditionnelles et manuelles. Nous n’avons même pas d’équipement pour les premières interventions en cas d’incendie. C’est Dieu qui nous garde».

Poursuivant, ce gérant justifie ce commerce illicite par le prix du carburant qu’il juge élevé: «Aussi ce sont les augmentations successives du prix du carburant qui ont poussé les uns et les autres à rouler au gaz butane destiné aux ménages et subventionné par l’Etat. Sachez aussi que nous sommes constitués en syndicat. Et notre syndicat a réussi à faire appliquer le prix normal des bouteilles de gaz butane. La ‘’B6’’, c’est 2200 francs Cfa ; La ‘’B12’’, 5200 francs CFa. Mais, lorsqu'il y a une pénurie, le prix de la ‘’B6’’ varie de 2200 à 2500 francs Cfa et la ‘’B12’’ de 5500 à 6000 Cfa; et nous donnons la priorité aux taxis communaux -qui sont des clients fidèles- et non aux ménages. Nous sommes plus d’une quinzaine de stations de gaz butane dans la commune de Bonoua. Des taxis communaux de Grand-Bassam aussi roulent au gaz butane. On nous a auss dit que même dans la capitale politique à Yamoussoukro, les taxis communaux roulent au gaz butane», nous a longuement expliqué un gérant de station de gaz butane.

D’autres gérants de station de gaz butane rencontrés nous ont confirmé ces propos.

Par Victorien Aka N'Taye