Gal Kani D. Coulibaly/Gestion des crises et conflits en Afrique : «Rien ne peut se faire sans les femmes»

  • mercredi 08 août 2018

Serenti News

Le Médecin-Générale Coulibaly Kani Diabaté est  experte en Genre, Médiation, DDR et ALPC. Elle a également été présidente de la commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre du Mali.

Mandatée par la Commission de la CEDEAO pour la réalisation d’une étude sur le renforcement de la prise en compte de la dimension genre dans l’architecture de la paix et la sécurité de la CEDEAO, spécifiquement dans la lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre (ALPC), le Général Coulibaly nous donne sa perception de la problématique et fait des recommandations.

Entretien.

Général Kani Diabaté, pouvez-vous nous parler, en quelques mots, de votre parcours ?

Je suis le Médecin-Général Coulibaly Kani Diabaté, je suis des Forces armées du Mali depuis 1974. J’ai été promu Général en 2010.

Par rapport à mon parcours, j’ai fait les études de médecine de base. J’ai travaillé 2 ans comme médecin généraliste, comme chef d’une garnison. J’ai fait deux spécialisations après, en stomatologie et en chirurgie maximo-faciale.

En tant que femme, senior au niveau des forces armées, j’ai été formée à Zambakro, en République de Côte d’Ivoire, sur les droits et protection des enfants, lors d’une formation des formateurs. Suite à cela, je suis devenue l’experte au niveau de la défense. Après, j’ai fait une formation au canada sur le Genre dans le peacekeeping. Cela a été ajouté à mon background.

Je suis donc experte en Genre, les enfants. Je suis experte en médiation, négociation, une formation que l’Union africaine nous a permis de faire, pour 20 femmes leaders, à La Haye. Je suis experte en DDR (désarmement, démobilisation, réinsertion).

En plus de mon poste de médecin-chef de garnison, j’ai eu à être à deux reprises au cabinet du ministre de la Défense. Et mon dernier poste, c’était présidente de la commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre (Comnat-ALPC).

Vous avez mené une étude pour la division des armes légères de la Commission de la CEDEAO. Qu’est-ce qui a motivé la réalisation de cette étude ?

J’ai été contactée par la Commission de la CEDEAO pour mener cette étude, mais c’était une initiative de la CEDEAO. J’ai été identifiée en tant que femme, avec un rang assez élevé. Cette étude fait partie d’un groupe de trois études qui ont été financées par l’Union européenne pour la CEDEAO, dans le cadre du projet PSS.

Quels ont été les pays enquêtés, et quels sont les outils dont vous vous êtes servis pour mener cette étude ?

Les pays qui ont été identifiés pour la réalisation de cette étude : il y a la Côte d’Ivoire, la Guinée, la Sierra Leone, le Liberia, le Togo, le Nigéria. Et les différents services de la commission de la CEDEAO.

Et les outils ?

J’ai des outils qui ont été adressés aux commissions nationales des différents pays qui ont été retenus. Et j’ai élaboré des outils qui ont été adressés au staff de la commission de la CEDEAO à Abuja. Des outils à l’intention des organisations de la société civile. Des outils ont également été élaborés à l’intention des représentants de la CEDEAO qui sont accrédités dans les différents pays.

Qu’est-ce qui ressort, globalement, des résultats que vous avez obtenus ?

Le principal intérêt, pour moi, qui ressort de cette étude, c’est le fait d’y avoir pensé. Vous allez être, peut-être, un peu surprise, parce que même au niveau de l’organisation sous-régionale, le Genre n’est pas bien compris. Les gens comprennent généralement le Genre, non pas comme un concept social, mais juste les relations homme-femme, qu’on appelle, au niveau international, la sexospécificité.

Le Genre, dans ce type de situation, c’est un concept social, donc ça ne fait pas rigoler. Que ce soit au niveau de l’organisation sous-régionale ou dans nos pays, c’est cela le gros problème. Donc, il y a nécessité que les gens comprennent qu’est-ce que c’est que le Genre, qui englobe en fait toute l’humanité. C’est très important.

Quelles sont les recommandations majeures faites aux différentes parties prenantes qui interviennent dans cette problématique ?

Les recommandations, à mon niveau, il y en a beaucoup. Comme je vous l’ai, il y a une insuffisance de prise en compte du Genre dans les projets et programmes, au niveau sous-régionale et au niveau national. Et spécifiquement au niveau de la mise en œuvre des activités de gestion de la prolifération illicite des armes légères et de petit calibre. Et cela, c’est une grosse lacune.

Parce que, toutes les situations de crises que nous vivons en Afrique, croyez-moi, c’est sous-tendu par cette circulation des armes légères et de petit calibre, et de l’insuffisance de gestion.

Il y a pourtant la Convention de la CEDEAO sur les armes légères et de petit calibre. A la limite, la Convention est très mal connue! Ce qui pose problème. Alors, on a besoin de travailler sur cela, en impliquant les femmes. Rien ne peut se faire sans les femmes.

Si vous partez des communautés - là, je rentre dans les recommandations – le rôle de la femme est primordial. La femme, c’est celle-là sans laquelle on n’est pas sur terre! C’est celle qui peut parler aux enfants qu’on juge.

Les enfants soldats, les enfants qui sont entraînés, les enfants drogués, excusez-moi. C’est la femme qui peut parler. C’est la femme qui est l’épouse de celui-là qui est un rebelle, de celui-là qui est juste un guerrier.

Les recommandations, si je peux résumer, il faut mettre l’accent sur la formation. La formation des différents acteurs, y compris les éléments des forces armées et de sécurité. Pour que chaque partie prenante comprenne son rôle.

On peut bien dire à une Ong, à une association : ‘’vous devez faire ça’’. Mais il faut leur expliquer comment il faut le faire, et surtout leur donner les moyens. Si je prends l’exemple de mon pays, le Mali, c’est un vaste pays! Si vous voulez faire travailler une association à Gao ou à Tombouctou, le fait même de quitter Bamako pour aller à Gao, ça demande des frais!

Donc, l’une de mes recommandations, c’est de mettre à disposition les moyens logistiques, techniques. Et mettre en œuvre les différents instruments au niveau de la CEDEAO.

Concernant le Genre en général, il y a beaucoup d’instruments, mais qui ne sont pas mis en œuvre. Il faut impliquer et aider les pays à avoir les plans d’actions nationaux, à élaborer des stratégies conformes aux 10 pays, et à les aider à les mettre en œuvre.

Pour la gestion, spécifiquement des armes légères, il faut une stratégie de communication. Il faut tenir compte des us et coutumes. Ce qui fait que les leaders communautaires ont une grande part à jouer. Il faut qu’on leur explique et qu’ils se sentent concernés.

Même si vous voulez faire le DDR, il faut expliquer aux communautés: Quel est le but du DDR, pourquoi on doit les désarmer. C’est là juste un exemple que je vous donne.

Et, je voudrai vous remercier encore une fois pour cette opportunité que vous me donnez d’échanger un peu avec vous et avec vos lecteurs.

 

Entretien réalisé, à Abuja

Par Michèle Pépé

michpep@serentinews.com